
Comment sait-on que c’est le dernier enfant ? Au nombre de mois/années qu’il met à faire ses nuits ? Au fait que le loyal mouche-bébé de la fratrie décide de rendre l’âme ? Quand la voiture devient trop petite ?
A l’inverse, pourquoi s’arrêter quand les aînés semblent si fiers et attentifs à l’égard de leur petite sœur, quand on sait pouvoir matériellement l’accueillir et quand on serait physiquement encore apte ? Alors que l’on a réalisé avec la pratique que la fratrie imaginée n’est de toutes façons jamais celle que l’on obtient, que si l’on a planifié quelques éléments, la vie et ses réalités ont disposé pour nous – et ce n’est pas forcément une mauvaise chose.
Depuis qu’elle est là, même si ce n’est pas simple ni de tout repos d’accueillir un nouvel enfant, je me dis qu’à ce stade, il n’y aurait pas de grosse différence au quotidien si nous avions 4 enfants (à part que les virus s’éterniseraient un peu plus longtemps dans la famille). Si on est organisés pour 3, je pense qu’on peut l’être pour 4.
Pourtant…
Pourtant, chez nous, le 4e, je sais qu’il n’y en aura pas. Je l’ai pressenti dès la grossesse. Puis je l’ai déclaré à Mr Sioux à peine la mini squaw sortie de mon ventre. [Oui, j’ai toujours des remarques un peu étranges dans les minutes qui suivent l’accouchement. Après la naissance de l’Iroquoise, toujours en salle de naissance, j’avais demandé à ma sage-femme si elle pensait que mon prochain accouchement serait aussi rapide que celui qui venait d’avoir lieu. Cette fois-ci, mon bébé minuscule tout juste dans mes bras, après une nuit blanche et la sensation d’un marathon sans fin pour la mettre au monde et qu’enfin la douleur cesse, je me suis retournée vers mon chéri et lui ai lancé : « Je peux te dire que c’est la dernière fois ! ». Dans les deux cas, il semble que chaque naissance en appelle une autre ou questionne immédiatement mon désir de reproduire cette si bouleversante expérience.]
Quoiqu’il en soit, les premiers mois avec un bébé sont aussi doux qu’épuisants et dépossédants. C’est du 100 %… Qui passe vite, à l’échelle d’une vie, certes. Je le constate une 3e fois que ça passe réellement vite, que les besoins évoluent et que la demande incessante se mue en interaction intense. Je la vois cette complicité savoureuse et inégalable, qui se forge entre nous et notre bébé. Elle est incomparable, c’est une découverte à la saveur nouvelle, à chaque fois.
Mais il y a aussi des moments de désespoir, d’intense épuisement. Ils sont gravés aussi, il faut pouvoir les vivre.
Alors quand je dis qu’on serait encore « apte »… En réalité, je le ressens dans chaque parcelle de mon corps et de mon mental épuisés, je ne le pourrai plus une nouvelle fois. Sans doute que si nous avions le secret des nuits plus précoces, ou la protection ultime contre les maladies infantiles en chaîne qui rognent elles aussi sur le repos… et encore.
Pour mes aînés aussi, je ne veux plus être une fois encore, durant la grossesse puis pendant les premiers mois éreintants, la mère impatiente et hurlante que la fatigue fait de moi et que je leur impose, qui s’est imposée à moi, ces derniers temps. Et dont je peine encore largement à sortir… La blague du « prochain » survivra encore quelques temps, elle nous amuse, elle nous titille sans doute parce qu’il n’est jamais aisé de faire une croix sur cette possibilité, cette curiosité (comment serait-il ? Aurait-elle les yeux bleus ?), cette envie semi-instinctive, semi-amour-du-challenge-et-des-bébés-potelés.
Mais elle restera à l’état de blague, de complice non-projet. Et nous prendrons soin de nous épanouir dans bien d’autres, au contact de la jolie fratrie que nous avons déjà bâtie.
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