Tandis que j’avance sur la route familière bordant les champs, celle qui me conduit habituellement chez moi, le vent me souffle les voix de quelques voisins, au-delà des étendues de maïs que je longe, profitant sans doute d’un déjeuner tardif en extérieur.

Je croise ces gens qui chaque weekend viennent retaper la belle maison de pierres placée au bord du chemin et qui semble régner sur un grand parc arboré. Je bifurque sur le chemin pentu de cailloux que je souhaite découvrir et un peu plus haut, tandis que j’immortalise l’église sertie des branches environnantes, qui font un foisonnant cadre de verdure, c’est l’écho des poules qui me parvient.

Lorsque je décide de m’engager dans le chemin de forêt, celui de gauche, celui qui devrait approximativement me ramener jusque chez moi en évitant la redite de la route goudronnée empruntée à l’aller, j’ignore que je choisis un sentier qui ne me recrachera qu’1h15 plus tard, dans un lointain hameau où je ne comptais pas me rendre.

se perdre en foret isère balade

Au cours de cette expérience sensorielle et solitaire, qui me vaudra une belle angoisse de désorientation, je croise des arbres couchés, par l’orage ou la vieillesse, qui font comme des ponts, comme des haies d’honneur au visiteur aventureux. J’entends des bruits non identifiés, proches et lointains, d’animaux ou de bois mort qui s’affaisse à chaque instant, par un hasard que multiplie la densité des arbres qui coiffent ce mont.

Parfaitement ombragée et gagnée par la brise légère, je progresse sans difficulté, si ce n’est celle de m’orienter. Livrée à la forêt, à ses reliefs variés, à son chemin qui tantôt s’élargit, tantôt rétrécit, à ses arbres immenses au cœur de la clairière, à la découverte çà et là de l’exploitation humaine faite de troncs coupés entassés, je dispose toujours du fond sonore de quelque route lointaine et je me laisse guider entre les denses flancs sylvestres où danse le soleil de fin d’après-midi.